Depuis l’éclosion du scandale sur sa dette cachée, le Mozambique est brocardé à l’international comme un archétype de corruption et de mauvaise gouvernance.

Les médias internationaux se sont particulièrement fait l’écho de la déception des investisseurs titulaires de dette mozambicaine et du désaroi des bailleurs de fonds. « C’est probablement le cas le plus grave de provision de données inexactes par un gouvernement que le FMI a pu observer en Afrique ces derniers temps », confiait récemment au Financial Times un officiel du FMI. Alors que le pays est au bord du défaut de paiement, les comparaisons avec la Grèce vont bon train.

Étrangement, les autres acteurs qui ont pris part aux emprunts occultes et aux contrats d’armements ne subissent pas la même vindicte : à savoir, les banques Crédit suisse et VTB, mais aussi les vendeurs d’armement, en tête desquels, les firmes du milliardaire franco-libanais Iskandar Safa, propriétaire des Constructions mécaniques de Normandie, qui ont fourni 30 bateaux achetés avec l’un des emprunts.

C’est ce que fustige Ivone Soares, à la tête du groupe parlementaire de la Renamo, le principal parti d’opposition. Le parti réclame des éclaircissements en urgence et une poursuite pénale des responsables politiques impliqués. La Renamo est par ailleurs en situation de conflit non-déclaré dans le centre du pays, où les affrontements entre sa branche armée et les troupes gouvernementales ont déjà généré plus de 10 000 réfugiés au Malawi.

Quelle est votre réaction aux emprunts garantis par le gouvernement que le gouvernement a dissimulé depuis 2013 ?

Ces dettes dans lesquelles le pays est plongé sont quelque chose qui nous frustre tous au plus haut point. La Constitution est pourtant très claire : les emprunts publics ne peuvent être contractés sans approbation de l’assemblée.

Or ni en 2013, ni plus tard, nous n’avons reçu de demande de la part du gouvernement pour quelconque prêt que ce soit. Donc le nom du gouvernement a été usurpé pour hypothéquer le pays auprès des banques internationales, et encaisser des sommes faramineuses, sans que personne ne sache exactement comment l’argent a été utilisé, où il est allé, et à quoi il a pu servir.

« Les banques internationales ne peuvent pas continuer à financer des gouvernements kleptocrates sans voir que ces pays n’ont toujours pas d’accès à l’eau potable »

Nous avons donc une situation où l’exécutif décide tout seul de contracter des prêts sans l’autorisation des autres institutions, et de leur côté, les banques internationales donnent de l’argent comme ça, sans chercher à savoir si le gouvernement a la légitimité de faire ces emprunts ou non. Les banques - je parle concrètement du Crédit Suisse et VTB - ont donc leur part de responsabilité dans ce scandale.

Nous devrions mieux regarder au niveau international comment les institutions bancaires se comportent. Elles ne peuvent pas continuer à financer des gouvernements kleptocrates sans voir que ces pays n’ont toujours pas d’accès à l’eau potable, d’infrastructures de qualité, de système de santé.

Les Mozambicains vont devoir travailler ardemment pour rembourser cette dette. Ce n’est ni correct ni juste que nous nous retrouvions à devoir payer une dette que nous n’avons pas autorisée, une dette qu’une demi-douzaine de personnes ont décidée en secret et que tout un peuple se retrouve désormais obligé de payer.

Que pensez-vous de la manière dont le FMI a géré la situation et du fait que le Mozambique (11 milliards de dette en 2015) soit désormais comparé à la Grèce (plus de 300 milliards) ?

Il y a ici un peu d’hypocrisie. Il me semble que le FMI lui-même ne s’est pas préoccupé d’enquêter sur ce qu’il se passait. Il s’est accommodé des informations qu’il a reçues sans aller au fond des choses, vérifier, mener un audit des comptes.

J’ai l’impression que, dès que leurs intérêts sont préservés, ils ne se préoccupent pas de ce que font les gouvernements africains. Car s’ils s’en préoccupaient, ils auraient découvert ce qu’il se passait. Et non trois ans après, en prenant l’air surpris de le découvrir dans la presse.

Quid du rôle de la France, le pays où ont été construits une partie des bateaux ?

J’ai l’impression que le groupe de pays qui participent au budget de l’Etat n’a pas suffisamment de volonté pour exiger du gouvernement du Frelimo qu’il soit transparent.

« Il est urgent que la France se positionne et se distancie de ces affaires. Car le silence montre connivence »

Car ce sont ces mêmes pays qui fournissent du matériel militaire acheté en toute opacité sans l’approbation du parlement. Je n’ai par exemple jamais vu l’Ambassadeur de France dire quoique ce soit depuis qu’a éclaté le scandale Ematum [du nom de la Compagnie mozambicaine de thon, qui a emprunté 850 millions de dollars pour acheter notamment des thoniers aux CMN à Cherbourg].

Même sur la question de l’assassinat de Gilles Cistac [le 3 mars 2015], qui est un citoyen français, l’ambassade ne s’est que trop peu prononcée pour exiger des éclaircissements. Donc un citoyen français peut venir au Mozambique, se faire assassiner, et cela n’intéresse personne car le gouvernement français fait des affaires avec le Frelimo ?

Il est urgent que la France se positionne et se distancie de ces affaires. Car le silence montre connivence. Cela montre qu’ils n’ont que faire de l’égalité, de la fraternité dont ils parlent tant. Ce sont juste des slogans qu’ils lancent le jour de la fête nationale, et en pratique, personne ne s’en importe. Je ne peux pas croire que le président Hollande a quelque chose à voir avec ces bateaux d’Ematum, qui restent bloqués au port et qui n’ont toujours pas pêché si ce n’est un kilo de thon.