CARL PHILIPP EMANUEL BACH

Violoncelle et clavecin

Sinfonia n° 3 Wq. 182/3. Concerto pour violoncelle n° 2 Wq. 171. Sinfonia Wq. 178. Sonate pour violoncelle piccolo Wq. 137. Concerto pour clavecin Wq. 17. Par l’Orchestre Pulcinella, Francesco Corti (clavecin et pianoforte), Ophélie Gaillard (violoncelle et direction).

Pochette du recueil d’œuvres de Carl Philipp Emmanuel Bach par l'Orchestre Pulcinella, Francesco Corti (clavecin et pianoforte) et Ophélie Gaillard (violoncelle et direction). | APARTÉ

Brillante, intrépide et sacrée musicienne, Ophélie Gaillard livre un magnifique second opus de ses belles amours avec Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788). Qu’il soit « Bach de Berlin » (vingt-cinq ans au service de Frédéric II de Prusse) ou « Bach de Hambourg » (où il succède à Telemann durant les vingt dernières années de sa carrière), le deuxième fils du Cantor est le chaînon qui relie le baroque finissant aux prémices de ce qui n’est pas encore le romantisme. C’est justement cette verve dramatique, ce combat violent de l’ombre et de la lumière, cet étourdissant jaillissement théâtral que la violoncelliste et son ensemble Pulcinella défendent avec un brio qui force l’admiration et l’enthousiasme. Un disque révolutionnaire qui se place d’emblée au sommet de la discographie. Marie-Aude Roux

1 CD Aparté.

QUATUOR DIOTIMA

Schoenberg, Berg, Webern

Intégrale de l’œuvre pour quatuor à cordes d’Arnold Schoenberg, Alban Berg et Anton Webern

Pochette du coffret consacré par le Quatuor Diotima aux quatuors à cordes de l'Ecole de Vienne. | NAÏVE

Les Diotima, qui fêtent en 2016 leurs vingt ans d’existence, sont l’un des quatuors à cordes les plus recherchés par les compositeurs d’aujourd’hui pour assurer une création. Habitués à déchiffrer des partitions avant-gardistes, ils en arriveraient à considérer la production d’un György Ligeti (1923-2006) comme du classique… Alors, que dire de celle de la seconde école de Vienne, emblématique de la première moitié du XXe siècle ? Que, sous leurs archets, ces pages historiquement « datées » ne passent jamais pour de la musique « ancienne ». Y compris certaines œuvres de jeunesse pas toujours très personnelles. Mais, dans une intégrale, la notion de parcours prime sur le reste. Etendu sur 3 CD, le cheminement d’Arnold Schoenberg constitue un éloge de la forme au-delà du langage et de l’esthétique. Celui de ses élèves (un CD chacun) manifeste, au contraire, un attachement renouvelé à l’expression. Expansive pour Alban Berg, concentrée pour Anton Webern. Dans tous les cas, la volonté de jouer avec les limites est magnifiée par les Diotima. Sans doute parce qu’ils en ont fait leur raison d’être dans le répertoire contemporain. Pierre Gervasoni

5 CD Naïve.

FRANÇOIS ELIE ROULIN

Musique lente

Pochette de l’album « Musique lente », de François Elie Roulin. | SAVOIR FER/RUE STENDHAL

Le précédent album du compositeur, guitariste et claviériste François Elie Roulin, Le Bonheur, paru fin 2014, présentait une exploration des genres en compagnie d’une quinzaine de musiciens. Musique lente, dont le titre indique la thématique, est en formation plus resserrée, avec un autre guitariste et claviériste, Matthieu le Sénéchal, cocompositeur de trois des huit morceaux du disque, Miwa Rosso au violoncelle, et Bertrand Cervera au violon. Les notes allongées des guitares se mêlent à des harmoniques comme des gouttelettes, des cordes ténues épousent un piano en profondeur (Tsunami de douceur). Outre le beau développement mélodique des compositions, leur durée, de 3 à 8 minutes, maintient l’intérêt et l’attention dans un genre, la musique instrumentale évocatrice d’atmosphères et d’ambiances, qui tend trop souvent à l’étalement. Egalement au crédit de l’album, le lien intime, travaillé, entre acoustique et électrique/électronique. Sylvain Siclier

1 CD Savoir FER/Rue Stendhal.

MOP MOP

Lunar Love

Pochette de l’album « Lunar Love », de Mop Mop. | AGOGO REC/DIFFER-ANT

Tropical et futuriste, aquatique et funky, africain, sans doute, mais aussi soul et assoupli de jazz ou d’élasticité jamaïcaine. Le cinquième album de ce quintette italien, formé autour de Andrea Benini (batterie, percussions, voix), fait entendre des lamelles chantantes (vibraphone, marimba, balafon…), des bruissements, le son aérien du hang (instrument constitué de deux hémisphères métalliques), des craquements, de l’eau qui tombe goutte à goutte. Et puis des invités, Wayne Snow et Annabel Ellis avec leurs voix suaves, l’Anglo-Trinidadien Anthony Joseph et ses scansions ténébreuses. Ce cocktail de saveurs métisses avait séduit Woody Allen, qui avait intégré en 2012 une composition de Mop Mop à la bande originale de son film To Rome With Love. Patrick Labesse

1 CD Agogo Rec/Differ-ant.