Devant la rédaction de « Charlie Hebdo », le 6 février 2015. | Remy de la Mauviniere / AP

Longtemps, on a peu prêté attention à lui. Longtemps, on l’a cru jeune lycéen sans histoire, petit frère rangé d’une famille élargie tourmentée. Mais Mourad Hamyd, 20 ans, beau-frère de Chérif Kouachi, l’un des auteurs de la tuerie de Charlie Hebdo, a été interpellé, le 28 juillet, à la frontière bulgaro-turque et placé en centre de rétention en Bulgarie, alors qu’il tentait de se rendre en Syrie, selon les premiers éléments de l’enquête. Alors que sa famille avait signalé sa disparition, le 25 juillet, une information judiciaire a été ouverte dans la foulée de la découverte de son refoulement, par le parquet antiterroriste, à Paris, en vue de délivrer un mandat d’arrêt européen, et il pourrait être rapidement extradé.

Révélée, dimanche 7 août, par Le Journal du dimanche, cette interpellation apporte un nouveau regard sur le jeune homme aux airs de jouvenceau, et interroge de manière plus large son suivi et l’enquête toujours en cours sur l’attaque de l’hebdomadaire satirique. En janvier 2015, le nom de Mourad Hamyd avait en effet rapidement fuité sur les réseaux sociaux en même temps que ceux de Chérif et Saïd Kouachi, par le compte Twitter d’un journaliste, Jean-Paul Ney. Des témoignages recueillis au siège de Charlie Hebdo indiquaient alors que les terroristes avaient prononcé le prénom de « Mourad » en s’enfuyant.

Très vite, Mourad Hamyd avait été soupçonné d’être un troisième homme du commando. Mais face à l’emballement médiatique, le mot d’ordre « #MouradHamydInnocent » avait commencé à tourner sur la Toile, relayé par ses camarades de lycée. Le jeune homme s’était présenté de lui-même le soir même, vers 23 heures, au commissariat de Charleville-Mézières où il résidait. Et à l’issue de 48 heures de garde à vue, il avait été remis en liberté, sa présence en cours ayant pu être établie par les témoignages de ses professeurs de philosophie et de mathématiques.

« Soutien financier »

Or, comme l’avait révélé Le Monde le 4 janvier dernier, Mourad Hamyd avait déjà fait une tentative de départ pour la Syrie, en août 2014. C’est ce qui est apparu dans des notes déclassifiées, en novembre 2015, de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), à la demande des juges d’instruction chargés de l’enquête sur la tuerie de Charlie Hebdo. Au-delà des recherches sur les commanditaires et hommes de main qui ont permis l’attentat, les magistrats cherchent en effet à savoir s’il y a eu des ratés dans le suivi des frères Kouachi par les services de renseignements.

Dans les faits, en janvier 2015, lors de l’attentat, les enquêteurs avaient déjà des indications sur la radicalisation de Mourad Hamyd. Mais rien n’avait permis de le mettre en cause. Un rapport de la DGSI versé à l’enquête dès le 8 janvier, soit au lendemain de la tuerie, mentionnait déjà qu’il avait été identifié, en novembre 2014, comme cogestionnaire, au côté d’un individu parti en Irak, d’une page sur Facebook, intitulée Al Haqq Media. Cette page « servait de lien de communication et de soutien financier » à plusieurs membres condamnés et incarcérés du groupuscule islamiste radical Forsane Alizza, dissout en 2012.

« Action sanglante »

Ce même rapport indiquait que Mourad Hamyd utilisait différents alias sur la Toile et qu’il était le titulaire d’un compte sur le réseau social radical Ansar-Ghuraba. Ce compte lui permettait d’être en contact avec plusieurs individus connus pour leur fanatisme, dont au moins un avait rejoint la Syrie. Il était alors établi que Mourad Hamyd avait posté des images d’égorgements et des commentaires « louant l’action sanglante de l’organisation Etat islamique ». A ce moment-là, sa première tentative de départ pour la Syrie n’était toutefois pas formellement étayée. Sa fiche mentionnait seulement qu’il en « aurait manifesté le désir ».

Lors de sa garde à vue, en janvier 2015, Mourad Hamyd n’avait pas caché côtoyer de temps à autre Chérif, qui avait épousé Izzana, 36 ans, l’une de ses quatre sœurs – toutes connues pour évoluer dans la mouvance islamiste radicale. Mais ses déclarations laissaient apparaître une personnalité modérée, très en retrait. Interrogé sur l’éventualité que son beau-frère puisse être l’un des auteurs de la tuerie de Charlie Hebdo, le jeune homme avait répondu : « Je serais choqué [de l’apprendre], je ne comprendrais pas. »