Laurent-Eric Le Lay en 2012 à Barcelone. | Albert Gea/Reuters

Daniel Bilalian narre ses histoires de grand reporter comme un ancien combattant d’une guerre lointaine. Combien de fois a-t-il aimé raconter sa rencontre avec Leonid Brejnev dans son immense bureau du Kremlin ? Combien de fois a-t-il adoré décrire l’arrivée du président égyptien Anouar El-Sadate sur le tarmac israélien de l’aéroport Ben-Gourion ? Combien de fois a-t-il répété qu’il appréciait contempler, lors du Tour de France, les clochers des églises dominant les villages séculaires ?

Courtois, lyrique, la cravate et la chemise toujours impeccablement repassées, les cheveux brossés comme s’il allait à tout instant présenter le 20 heures – qu’il a d’ailleurs incarné pendant des années –, le journaliste de 69 ans et des poussières, au caractère bien trempé, doit bientôt partir à la retraite et quitter sa maison de toujours : France 2.

Le départ de Bilalian n’est pas une surprise

Patron des sports du groupe France Télévisions depuis 2004, il doit, selon Le Figaro, être remplacé par Laurent-Eric Le Lay, un cadre dirigeant de… TF1. La direction du service public ne souhaite faire aucun commentaire mais, selon nos informations, la passation de pouvoir pourrait avoir lieu d’ici un mois. France Télévisions devrait officialiser cette nomination dans les jours à venir.

A vrai dire, le départ annoncé de M. Bilalian n’est pas une surprise : en avril 2017, « Bil », son surnom, aura 70 ans, l’âge limite pour exercer toute fonction au sein du groupe public. Mais les polémiques liées à des commentaires déplacés lors des Jeux olympiques de Rio ont fini par sceller son sort : Caroline Got, la directrice de la stratégie et des programmes, a accéléré le tempo pour lui trouver un successeur – une démarche adoubée par Delphine Ernotte, la présidente de France Télévisions.

Daniel Bilalian aura été le directeur des sports qui sera resté le plus longtemps à ce poste depuis la création d’Antenne 2 en 1975. Au cours de ses douze années, il a développé le rugby et le football féminins en les diffusant sur la TNT ; engagé des consultants romanesques le temps d’une compétition comme l’écrivain Philippe Delerm ou le cinéaste allemand Volker Schlöndorff… Et surtout, il a su « sécuriser » les grands événements comme le Tour de France (jusqu’en 2020), les Jeux olympiques (jusqu’en 2020), Roland-Garros (jusqu’en 2020), le Tournoi des six nations (jusqu’en 2022) avec un budget en baisse.

Daniel Bilalian, directeur des sports, et Remy Pflimlin, à l’époque président du groupe France Télévisions, en mai 2013 au Stade de France, à Saint-Denis. | © Benoit Tessier / Reuters / REUTERS

« Moi, je pose toujours une question aux ayants droit : est-ce que vous avez besoin d’une diffusion gratuite ? Ne tentez plus alors de surenchère », confiait-il au Monde. Avec l’arrivée de BeIN Sports et du groupe Altice (SFR Sport) qui ont des moyens faramineux, il se disait « inquiet pour l’avenir ». « Sur le sport en clair, il y a un réel souci. »

Nombreux chantiers

Ce « souci » sera le problème de son successeur. Laurent-Eric Le Lay, 49 ans, fils de Patrick Le Lay, ex-président de TF1 (1988 à 2008), est un spécialiste du « sport business ». Il a fait une grande partie de sa carrière à Eurosport, alors propriété du groupe TF1. Il en devient le président en 2006 jusqu’en 2013, deux ans avant son rachat par le groupe américain Discovery. Parallèlement, il est chargé des acquisitions des droits sportifs pour le groupe TF1. Il a également été nommé, en 2013, président de TF1 Publicité.

Ses chantiers vont être nombreux : relancer le magazine dominical « Stade 2 » qui peine à se renouveler ; trouver de nouveaux visages ; développer une politique sur le sport en France ; amplifier les disciplines jeunes et féminines ainsi que le numérique ; continuer à sécuriser des événements où à défaut trouver des accords avec les ayants droit.

Par exemple, à partir de 2020, France Télévisions ne pourra plus retransmettre les Jeux olympiques. Pour espérer en diffuser une partie, le groupe public devra négocier avec le nouveau détenteur des droits, Discovery-Eurosport, son ancienne maison.