Et Carlos Ghosn prit la tête d’un troisième constructeur. Déjà dirigeant des deux composantes de l’Alliance Renault-Nissan, il va désormais assumer la présidence exécutive du sixième constructeur japonais Mitsubishi Motors.

Selon l’accord conclu entre les deux constructeurs et dévoilé le 20 octobre, Nissan va affecter quatre de ses onze dirigeants, dont M. Ghosn, à Mitsubishi. Leur mission : redresser une entreprise dont l’image de marque a été abîmée par un scandale de falsification des données de consommation de carburant de plusieurs de ses véhicules.

L’affaire a éclaté en avril. A l’époque, le groupe avait admis que quatre de ses petits modèles vendus au Japon, dont deux étaient assemblés pour Nissan, étaient concernés. Mitsubishi aurait utilisé depuis 1991 une méthode de mesure de consommation non conforme aux règles fixées par le gouvernement.

Les difficultés provoquées ont incité Mitsubishi à chercher de l’aide. Nissan a rapidement réagi en annonçant l’acquisition en mai de 34 % des parts de Mitsubishi, soit 237 milliards de yens (2,1 milliards d’euros).

Le rapprochement annoncé n’a pas empêché Mitsubishi de s’enfoncer dans les difficultés, aggravées par un contexte économique difficile. Le constructeur basé à Tokyo souffre de l’absence de reprise sur les marchés émergents, du renforcement du yen et des difficultés de son usine de Mizushima. Située dans le département d’Okayama (ouest), elle produit les véhicules impliqués dans le scandale et a dû cesser son activité pendant plusieurs mois.

Perquisitions

L’image du groupe a également subi une nouvelle dégradation le 2 septembre, avec une troisième série de perquisitions au siège du constructeur. Les autorités nipponnes ont découvert que les chiffres de consommation avaient été trafiqués pour huit modèles – en plus des quatre incriminés en avril – dont les véhicules tout-terrain Outlander et Pajero.

La perquisition avait également été motivée par l’aveu formulé fin août par Mitsubishi, qui avait reconnu avoir trafiqué les données fournies au terme des nouveaux tests ordonnés par le gouvernement après l’éclatement du scandale d’avril.

« Nous souhaitons déterminer pourquoi de telles malversations se poursuivent », avait déclaré lors de la perquisition Yuki Ebihara, du ministère des transports.

Le 19 octobre, le groupe a annoncé s’attendre à une aggravation de ses résultats financiers pour l’exercice clos fin mars. Au lieu d’une perte de 145 milliards de yens (1,27 milliard d’euros), celle-ci pourrait finalement s’établir à 240 milliards de yens (2,11 milliards d’euros). L’enchaînement des scandales pourrait obliger Mitsubishi à verser un total de 910 millions d’euros à ses fournisseurs et à Nissan. Il devra également dédommager ses clients.

La concurrence s’annonce rude

Le rapprochement entre Nissan et Mitsubishi est particulièrement attendu : sur les marchés, le titre Mitsubishi Motors a bondi le 20 octobre de 2,68 % à 536 yens. Pour le vice-président exécutif Koji Ikeya, le constructeur pourrait connaître une « une reprise en V » grâce à ce rapprochement.

D’après Carlos Ghosn, Mitsubishi est intéressant pour sa notoriété sur le prometteur marché d’Asie du Sud-Est et pour son savoir-faire dans la technologie « hybride plug-in » (un véhicule électrique doté d’une grosse batterie et d’un petit moteur thermique) et dans les petites cylindrées. Mitsubishi attendrait une coopération sur les technologies de la prochaine génération et pour le développement sur les marchés émergents. Mais la concurrence s’annonce rude, notamment avec l’annonce, le 13 octobre, du rapprochement entre Toyota et Suzuki, un autre constructeur nippon en difficulté.

Quant à l’arrivée de M. Ghosn aux commandes de Mitsubishi, elle suscite des réactions mitigées. Figure révérée au Japon, M. Ghosn, artisan à la fin des années 1990 du redressement de Nissan, pourra-t-il diriger trois constructeurs simultanément, s’interrogent certains. Mais, estime Koji Endo, expert du secteur automobile chez SBI Securities, compte tenu de l’importance des restructurations qui s’imposent chez Mitsubishi, « il faut quelqu’un d’assez puissant comme Carlos Ghosn ».