Le PDG de CGG, Jean-Georges Malcor, en 2012 à Paris. | ERIC PIERMONT / AFP

A l’heure des grandes fusions dans un secteur parapétrolier ébranlé par la baisse des cours du brut, la stratégie en solitaire du français CGG (ex-CGG Veritas) le fragilise chaque jour un peu plus. Le groupe dirigé par Jean-Georges Malcor a annoncé, jeudi 5 janvier, la probable nomination d’un « mandataire ad hoc » chargé de renégocier un endettement qu’il juge « trop élevé ». « Il entend entamer des discussions avec l’ensemble des parties prenantes dans leurs différentes juridictions en vue de parvenir à une restructuration financière », expliquent ses dirigeants dans un communiqué. Dès l’ouverture de la Bourse de Paris, l’action a perdu plus de 20 %, amplifiant un recul de 67,55 % sur 2016.

La société spécialisée dans les équipements géophysiques (Sercel) et la fourniture de données sismiques aux compagnies pétrolières affiche une dette nette de 2,32 milliards de dollars (2,2 milliards d’euros), juste au-dessous du seuil de 2,4 milliards de dollars qu’elle s’était fixée. M. Malcor ne s’attend pas à une reprise du secteur avant 2018. « Compte tenu de l’environnement de marché difficile », CGG annonce qu’il a « engagé des discussions dès le 9 décembre avec les différents prêteurs » qui ont accepté que certains critères financiers ne soient pas appliqués. S’il est accepté par les créanciers, le mandataire devra « faciliter les discussions avec l’ensemble des parties prenantes ».

Le mandat ad hoc, dont la demande est faite au président du tribunal de grande instance, est une procédure de règlement amiable des difficultés qui doit permettre de rétablir les comptes d’une entreprise avant qu’elle ne soit en cessation des paiements. C’est dire si la situation de CGG est grave, malgré une augmentation de capital de 350 millions d’euros début 2016 et les mesures de restructuration, dont certaines ont été lancées dès 2013 : réduction de la flotte de navires, suppression de plus de 40 % des emplois, baisse drastique des coûts opérationnels, limitation des investissements, allongement de la maturité de la dette.

Pression des pétroliers

Début décembre, la CGT avait mis en garde contre « un nouveau désastre industriel », réclamant le soutien du gouvernement et de la banque publique Bpifrance, qui détient 11 % de CGG avec l’Institut français du pétrole-Energies nouvelles (Ifpen). « Sa pérennité est aujourd’hui en question et ce sont 6 000 emplois dans le monde, dont 1 500 en France, qui sont concernés », soulignait le syndicat. Il demandait la tenue d’une table ronde réunissant la direction de l’entreprise, Bpifrance, le ministère de l’industrie et les donneurs d’ordre comme Total pour redéfinir les nouvelles activités et l’avenir de CGG.

La société a encore souffert en 2016 de la pression des pétroliers, ses principaux clients, à la recherche d’économies et de gains de productivité dans l’exploration-production. Le prix de l’or noir a été divisé par deux entre mi-2014 et fin 2016, et les majors comme les compagnies plus petites ont dû fortement réduire leurs investissements. M. Malcor juge qu’après avoir nettement amélioré les performances opérationnelles, sa priorité est d’« assainir le bilan » et de « redonner des marges financières » à la société.

« CGG a besoin de réduire sa dette nette de plus de 900 millions de dollars avant la fin de l’exercice 2017 » , estime Jean-Luc Romain, analyste chez CM-CIC Market solutions. Une dette qualifiée de « très spéculative » par les agences d’évaluation financière Moody’s et Standard & Poor’s : la première lui attribue une note « B3 » et la seconde une note « B- ».

Restructurations

La société paraît de plus en plus fragile, malgré la possession d’une belle bibliothèque d’images sismiques et une nette réduction de son exposition aux activités cycliques comme l’acquisition de données, qui ne représente plus que 15 % du chiffre d’affaires (contre 45 % en 2013). Il n’est pas certain qu’elle pourra poursuivre seule son activité dans un monde où les pétroliers négocient avec leurs prestataires, en amont de la production de gisements d’hydrocarbures, les solutions les plus intégrées, les plus performantes et les moins coûteuses.

CGG n’a pas participé au grand mouvement de consolidation à l’œuvre depuis deux ans dans le secteur. Fin 2014, Technip avait proposé à ses dirigeants un rapprochement pour créer « un acteur mondial de premier rang dans les services parapétroliers ». M. Malcor avait alors jugé que « les conditions n’étaient pas réunies pour y donner suite », tout en reconnaissant par la suite que l’absorbsion de CGG comme grande division géosciences de Technip avait un sens industriel.

Depuis, cette consolidation va bon train : rachat récent de Baker Hughes par General Electric et de l’équipementier Cameron International par le géant franco-américain des services Schlumberger ; mariage du français Technip avec la société texane FMC Technologies. De son côté, Bourbon (logistique maritime) s’interroge. Les opérations de 2016 sont « une source d’inspiration », déclarait en mai son président, Jacques de Chateauvieux, dans un entretien à l’AFP. Le secteur pétrolier n’est pas au bout de ses restructurations.