En dépit des caprices du fleuve et, en particulier, de sa dernière crue automnale, qui en a légèrement retardé le calendrier, la première vague de l’opération Réinventer la Seine suit son cours. Sur les 174 équipes internationales candidates à la transformation des 35 sites répartis sur la portion fluviale de 365 km qui serpente de Paris à la Manche, 72 ont été « autorisées à poursuivre la compétition ». L’annonce a été faite le 16 janvier par un jury réuni au mois de décembre 2016. Les lauréats, désignés entre juin et juillet, ont quatre mois pour proposer une « offre complète ». Les villes de Paris, de Rouen et du Havre sont les principales promotrices de cet appel à projets innovants au côté de Haropa Ports qui fédère les autorités portuaires de ces trois communes.

« Les collectivités et les ports de l’axe Seine lancent le défi à des architectes, entrepreneurs, artistes… d’inventer de nouvelles façons de vivre, de travailler, de se déplacer sur et au bord de l’eau, en s’appuyant sur ces différents sites », avaient expliqué les initiateurs de l’opération lors de son lancement au mois de mai 2016. Les sites sélectionnés répondent à différentes typologies : des plans d’eau, des bâtiments existants, des terrains nus, ou encore des ouvrages tels que des passerelles. Réinventer la Seine s’inspire de l’opération Réinventer Paris, lancée par la capitale sur le même modèle et sur la « terre ferme » en novembre 2014.

Jean-Louis Missika, adjoint (apparenté PS) à la maire de Paris : « Ce modèle est assez robuste et prouve que Réinventer Paris n’a pas juste été un coup »

Visiblement en phase avec les attendus de l’appel à projets fluvial, les réponses des finalistes composent une mosaïque d’usages et de modes constructifs : sports nautiques et créations flottantes, aquaponie et agriculture sur l’eau, architecture éphémère et résiliente, itinérance et approche multisite… Le jury de 120 personnes, composé d’élus, de partenaires et d’experts associés, évoque « une lecture sensible des sites et de leur relation à l’eau ». Ces propositions sont « le fruit d’équipes plurielles, mêlant aussi bien des associations locales que de grands groupes de l’immobilier et des services urbains, enrichies par l’intervention de partenaires étrangers », ont indiqué dans un communiqué les organisateurs de l’opération.

« A Paris et dans le Grand Paris, les projets s’annoncent de très grande qualité et accompagnent avec brio la transformation des berges de Seine et des canaux, se félicite Jean-Louis Missika, adjoint (apparenté PS) à la maire de Paris. Ce modèle est assez robuste et prouve que Réinventer Paris n’a pas juste été un coup. Nous avons trouvé une manière de travailler en partenariat qui nous permet d’aller plus vite par rapport aux processus habituels de construction de la ville. » Pour le président de la métropole Rouen-Normandie et du pôle métropolitain Rouen-Seine-Eure, Frédéric Sanchez, ces propositions marquent « une nouvelle étape de la reconquête par nos territoires des bords du fleuve, de Val-de-Reuil à Rouen ». Quant au maire du Havre et président de la communauté d’agglomération havraise, Edouard Philippe, ces initiatives sont de nature à « renforcer les coopérations entre Paris, Rouen et [sa ville] ».

Participants atypiques

Parmi les singularités de certaines des propositions finalistes, Jean-Louis Missika, à l’origine de ces appels à projets innovants, retient le souci de « cohabitation et de superposition des usages où se combinent des activités de type industriel ou logistique avec des programmes de loisir ». Il souligne également l’arrivée d’acteurs peu familiarisés avec ce type d’initiatives. On note la présence d’un boulanger, d’un brasseur, d’un marchand de vins ainsi que de pratiquants du surf.

Les sites de la deuxième vague de Réinventer la Seine doivent être annoncés dans les semaines qui viennent. Elle devrait comprendre notamment de nouveaux aménagements dans la ville du Havre, d’autres à proximité ou sur des canaux situés sur les communes de Saint-Denis et de Pantin (Seine-Saint-Denis) ainsi que, rive droite, le long des tunnels des Tuileries et d’Henri-IV à Paris. Cette annonce coïncidera avec celle de la deuxième édition de Réinventer Paris, qui sera cette année placée sous le signe des « dessous » de la capitale. Entendre, les sous-sols.


Sur le web : www.reinventerlaseine.fr