Des livraisons en légère baisse, des commandes en forte hausse. La période 2012-2016 aura été marquée pour la France par un tassement de 5 % de ses exportations d’armes, indique l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), alors que les commandes ont quasiment doublé. Elles devraient avoisiner les 60 milliards d’euros.

« Pour 2016 le bilan n’est pas encore consolidé (…) mais nous avons atteint un nouveau sommet avec plus de 20 milliards d’euros de prises de commandes », annonçait, non sans fierté, le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, lors de ses vœux aux armées mi-janvier.

L’année aura été marquée par deux grands contrats représentant plus des trois quarts du montant : la concrétisation de la vente de trente-six avions de combat de Dassault à l’Inde, et « le contrat du siècle australien », attribué au groupe DCNS pour douze sous-marins Shortfin Barracuda.

D’autres signatures d’importance ont concerné la vente, par Airbus, d’hélicoptères de transport militaire Caracal à Singapour et au Koweït, l’émirat acquérant également trois cents véhicules Sherpa auprès de Renault Trucks Defense. L’Egypte, de son côté, a opté pour un satellite de télécommunication d’Airbus et Thales Alenia Space.

Des revers sévères

L’une des clés du succès pour décrocher les marchés tient à la cohésion de tous les acteurs de la filière sous la houlette du ministère de la défense. Aux politiques de développer des relations avec les pays intéressés et d’évaluer leurs besoins pour nouer des partenariats à long terme. A charge, ensuite, aux industriels, en lien avec la Direction générale de l’armement, de négocier les contrats.

Mais, à l’exportation, l’affrontement est rude tant il est crucial pour de nombreux pays de décrocher des contrats, leur propre marché n’étant pas suffisant pour satisfaire leurs industries. Les revers sont alors sévères. Ce fut le cas en juillet 2016 au Qatar, où l’Italie a été préférée à la France pour fournir sept navires de guerre.

Plus récemment, en février, le gouvernement allemand n’a pas hésité à se porter acquéreur de deux sous marins, pour permettre à son constructeur ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS) de baisser le prix de quatre submersibles à propulsion classique proposés à la Norvège. L’offre française, pourtant plus performante technologiquement, était alors balayée. Le gouvernement ne pouvait pas s’aligner, sa marine étant composée uniquement de sous-marins à propulsion nucléaire.

Pour les Européens, les marchés importants sont rares

Les échecs peuvent aussi dépendre de changement de gouvernement, comme ce fut le cas en Pologne avec l’arrivée au pouvoir des conservateurs du PiS (Droit et Justice) proaméricain. En octobre 2016, Varsovie, qui négociait cinquante Caracal avec Airbus, s’est alors tourné vers les hélicoptères américains Black Hawk, déclenchant une crise diplomatique avec Paris. Mais la Pologne a toujours misé pour sa protection sur les Etats-Unis.

Pour les Européens, les marchés importants sont rares, la plupart étant des chasses gardées américaines ou russes. Les seuls pays accessibles sont ceux qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas acheter américain, ou qui veulent disposer d’une double source d’approvisionnement.

Le Moyen-Orient est dans ce dernier cas, avec pour la France plusieurs perspectives. A commencer par la vente de centaines de véhicules blindés VBCI de Nexter au Qatar. S’y ajoute la modernisation, en Arabie saoudite, du système de défense antiaérienne de courte portée, avec le Crotale NG de Thales. Par trois fois depuis 2012, l’affaire a failli aboutir avec Riyad. Mais les négociations durent, tout comme celles pour l’acquisition par les Emirats arabes unis d’une soixantaine de Rafale. Les discussions ont démarré en juin 2008, voici neuf ans, confirmant implicitement ce dicton « vous avez la montre, nous avons le temps ».