Eddy de Pretto, 24 ans, transfuge d’une banlieue qui ne lui a pas fait de cadeaux. / Alex Morin

On l’avait découvert en avril dernier, gringalet blond à casquette blanche scandant son intranquillité sur la scène Découvertes du Printemps de Bourges. Son intensité avait déstabilisé et ému le public et un jury le récompensant, dans la foulée, du prix iNOUïS 2017. On retrouve aujourd’hui Eddy de Pretto et son impact émotionnel dans un premier EP, Kid, avec quatre titres qui l’imposent comme l’une des voix les plus singulières et prenantes d’une scène française traçant sa route entre rap et chanson.

Sur fond de R’n’B lancinant, le Parisien saisit aux tripes d’un timbre grave explorant avec puissance tous les recoins de sa fragilité. Troubles de l’identité, diktat de la masculinité obligée (« Tu seras viril mon kid »), obsessions charnelles amplifiées jusqu’à la Fête de trop, violence homophobe d’une banlieue qui peut vous construire autant que vous détruire (Beaulieue)… Dans le clip de Kid, Eddy de Pretto expose son torse pâle et fluet dans une salle de musculation, comme pour défier la « virilité abusive » imposée aux garçons et l’ambiguïté érotique des codes du rap.

Le clip officiel de Kid, d’Eddy de Pretto

Eddy de Pretto - Kid (Clip Officiel)
Durée : 03:06

« Je veux pousser, analyser et déconstruire ces thèmes qui m’habitent depuis l’enfance », nous confiait le chanteur. « Comme ce sempiternel “tu seras un homme mon fils”, aussi dur à entendre que “tu resteras en cuisine ma fille”. » Difficile de ne pas sentir l’influence d’un Stromae dans l’ampleur dramatique d’une diction devant autant au slam qu’à la tradition de la chanson. Le blondinet de 24 ans reconnaît avoir été marqué par la personnalité du métis rwando-belge, même s’il cherche aussi à s’évader de cette référence. Tous les deux, à l’évidence, partagent le même amour mêlé du hip-hop et de la chanson.

« Au bout de la ligne 8 »

« Grâce à ma mère, j’ai baigné dans les chansons de Brel, Brassens, Barbara, Nougaro, Léo Ferré… », rappelle celui qui a grandi à Créteil (Val-de-Marne), « au bout de la ligne 8 », avant de déménager à Paris, à l’âge de 20 ans. « Mais ma jeunesse était aussi rythmée par les raps de Diam’s ou Booba. » De cette esthétique urbaine et de cette banlieue où il dit s’être enrichi et endurci, Eddy de Pretto a hérité d’une envie de parler frontalement des choses qui l’habitent. Dans un cahier ou sur son téléphone portable, il note les idées et punchlines qui nourriront ses chansons. Avant d’en développer les mélodies et les rythmes devant un piano et un ordinateur, en fan des explorations sensibles du R’n’B de Frank Ocean.

À 11 ans, le Parisien a pris des cours de chant dont l’impact se fait encore sentir dans la force et le délié de sa voix. « Il est primordial pour moi que les gens comprennent le sens de mes mots, pour aller là où je veux les emmener. » Une référence surgit parmi d’autres : Charles Aznavour. Autant admiré par les chanteurs que par nombre de rappeurs, il a été l’une des seules stars françaises, dans Comme ils disent, à écrire sur l’homosexualité. « Cette chanson me touche d’autant plus qu’elle a été chantée par quelqu’un qui, malgré son statut de vedette, n’a pas hésité à questionner et déranger les gens », observe Eddy de Pretto. « C’est comme cela que je vois le rôle de l’artiste. »

Kid, d’Eddy de Pretto (Initial/Universal). En tournée, dont le 27 novembre aux Étoiles, à Paris.