Le président palestinien Mahmoud Abbas, au centre, lors d’une réunion à Ramallah le 14 janvier. / ABBAS MOMANI / AFP

Que faire après le choc ? Cette question se trouve au cœur des discussions au conseil national de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), qui s’est réuni pour deux jours dimanche 14 janvier à Ramallah, en Cisjordanie. La reconnaissance unilatérale par les Etats-Unis de Jérusalem comme capitale d’Israël, début décembre, a bouleversé la donne pour la direction palestinienne. Mais sa marge de manœuvre est infime, comme sa légitimité, faute d’élections.

Après avoir joué le jeu, pendant dix mois, des rencontres multiples avec les envoyés spéciaux de Donald Trump, en vue d’un plan de paix américain, le président Mahmoud Abbas a tranché : Washington ne peut plus prétendre à son rôle traditionnel de médiateur. Le « raïs » réclame à nouveau une approche multilatérale du conflit, sous l’égide de l’ONU, qui n’a pourtant aucune chance d’intéresser le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou. La direction palestinienne a déjà fait savoir qu’elle refusait de rencontrer le vice-président américain Mike Pence, au cours de sa visite au Proche-Orient, à compter du 20 janvier.

Solution à deux Etats

Dans un discours offensif et très long, le président de l’Autorité palestinienne (AP) a voulu montrer qu’il tirait les conclusions du tremblement de terre du 6 décembre qu’a été la reconnaissance de Jérusalem. Mais malgré la poursuite de l’occupation israélienne, le dirigeant ne veut pas abandonner les fragiles acquis de la cause nationale, dans le pessimisme ambiant. M. Abbas a réitéré son engagement en faveur d’une solution à deux Etats, tout en rejetant un éventuel plan de paix américain. « Nous refusons l’affaire du siècle. Elle s’est transformée en claque du siècle », a-t-il résumé.

M. Abbas a cité en exemple la proposition faite par Washington – jamais encore confirmée publiquement – d’offrir aux Palestiniens comme capitale la commune d’Abu Dis, située à Jérusalem-Est, mais au-delà de la barrière de séparation. C’est à Abu Dis que l’AP avait commencé à ériger le siège du Conseil législatif palestinien dans les années 1990, qui ne sera finalement pas occupé. Son évocation comme capitale potentielle n’est pas nouvelle, mais elle demeure inacceptable pour les dirigeants palestiniens. Il s’agirait d’un recul spectaculaire par rapport aux promesses faites dans les accords d’Oslo (1993), alors que l’attachement de la population à la vieille ville de Jérusalem et au lieu saint de la mosquée Al-Aqsa demeure le sentiment le plus partagé dans la société.

Reproches aux pays arabes

M. Abbas a tenu des propos sévères aussi bien à l’encontre de l’administration Trump et de l’ambassadeur américain en Israël, David Friedman, partisan de longue date des colonies, que des pays arabes. Il reproche à ces derniers de vouloir décider seuls du sort du peuple palestinien. Selon le « raïs », ces pays – au premier rang, l’Arabie Saoudite – chercheraient une normalisation avec Israël, en tentant d’acheter le consentement palestinien.

Selon le président de l’AP, « Israël a mis fin aux accords d’Oslo », signés en 1993, qui prévoyaient un avènement par étapes d’un Etat palestinien. Pourtant, Mahmoud Abbas n’évoque nullement un sabordage de l’AP, dont la création résulte d’Oslo. Pas plus que le retrait de la reconnaissance d’Israël par l’OLP, ni la fin de la coordination sécuritaire avec l’armée et les services de sécurité israéliens.

Le dirigeant, âgé de 82 ans, appelle toutefois l’OLP à revoir l’ensemble des accords signés avec l’Etat hébreu, sans que la traduction pratique de cette annonce soit claire. « Nous allons prendre cette décision même en sachant quelles seront les implications », a précisé M. Abbas, selon l’agence palestinienne Wafa, dans une référence implicite aux menaces financières des Etats-Unis et aux pressions de certains pays arabes, comme l’Arabie Saoudite.

La session du Conseil national de l’OLP se tient sans le Hamas et le Jihad islamique, deux des plus importantes factions palestiniennes. Soit un nouveau signe des difficultés rencontrées dans le processus de réconciliation nationale, entamée sous le patronage égyptien depuis septembre 2017.