Paul Ryan, le président républicain de la Chambre des représentants, à Washington, le 15 février. / Aaron P. Bernstein / AFP

Pour une fois, le Parti républicain renâcle. Après l’annonce par Donald Trump, le 1er mars, de taxer les importations d’acier et d’aluminium, le speaker (président) républicain de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a fait état, lundi 5 mars, de son « extrême inquiétude ». Il a invité le président des Etats-Unis à faire machine arrière.

Paul Ryan n’est pas le seul. D’autres élus de la Chambre des représentants font circuler un texte hostile à ce virage protectionniste amorcé en janvier par des taxes visant les machines à laver et les panneaux solaires, principalement importés de Chine. La hantise d’une guerre commerciale est d’autant plus sensible chez Paul Ryan que les éventuelles rétorsions mentionnées jusqu’à présent par l’Union européenne viseraient les motos de marque Harley Davidson fabriquées dans son Etat, le Wisconsin. Le bourbon a été également évoqué. Le Kentucky, l’Etat du chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, en est un grand producteur.

Les principaux succès enregistrés par Donald Trump depuis son arrivée à la Maison Blanche, qu’il s’agisse de nominations de juges conservateurs, y compris à la Cour suprême, ou de l’adoption d’une réforme fiscale, ont été conformes aux dogmes républicains. La décision de jeudi constitue cependant le troisième renoncement majeur par rapport à la doxa traditionnelle du parti, après les positions défendues par le président depuis le début de l’année sur l’immigration et sur le déficit.

Scepticisme

En février, la querelle au sujet des sans-papiers arrivés enfants aux Etats-Unis (les « dreamers »), protégés par un statut temporaire supprimé en septembre 2017 par Donald Trump, a témoigné au Sénat d’un glissement des républicains vers les positions radicales défendues par le magnat de l’immobilier pendant sa campagne présidentielle. Et cela alors que le Parti républicain était autrefois plus ouvert sur l’immigration que le Parti démocrate, souvent divisé sur la question.

Au lieu de se limiter à la lutte contre l’immigration illégale comme il l’avait promis, en renonçant notamment aux amnisties décidées par ses prédécesseurs conservateurs George W. Bush et Ronald Reagan, le président veut désormais s’attaquer aux dispositions permettant de devenir citoyen américain. Y compris celles adoptées par des administrations républicaines, comme le tirage au sort visant à accroître la diversité des candidats à l’immigration.

L’adoption, en décembre 2017, d’une réforme fiscale dont le financement par un surplus de croissance laisse sceptique la majorité des économistes marque une autre évolution des républicains. Pendant les deux mandats de Barack Obama, le parti s’était en effet posé en défenseur intransigeant de la rigueur budgétaire. C’est à ce titre qu’il a lutté contre le plan de relance de l’économie défendu par l’administration démocrate après la violente crise des subprimes, à l’origine de la crise mondiale de 2008.

La hantise de la dette a ensuite été l’un des moteurs du mouvement quasi insurrectionnel du Tea Party au sein du camp républicain. Il a privé Barack Obama de toute marge de manœuvre budgétaire à partir de 2010, après la perte de contrôle de la Chambre des représentants.

Aggiornamentos

Marqué par un net accroissement des budgets militaires et civils, l’accord conclu en février au Congrès sur une loi de finances courant jusqu’en 2019 a montré que cette préoccupation n’est désormais plus de mise chez les républicains. Le projet de budget présenté quelques jours plus tard par l’administration Trump, accompagné d’un nouveau gonflement des dépenses militaires, l’a également souligné.

Ces deux évolutions majeures n’ont suscité que de modestes réactions au sein du Grand Old Party. Il en va autrement avec les mesures protectionnistes annoncées jeudi, qui tranchent avec le soutien apporté par les républicains en 2015 à un projet d’accord de libre-échange négocié par l’administration Obama avec certains pays du Pacifique. M. Trump y a renoncé en arrivant à la Maison Blanche.

Ces derniers mois, obnubilé par la solidité d’une base électorale qui soutient ces aggiornamentos, le président n’a cependant cessé de témoigner qu’il n’avait que faire des états d’âme des cadres républicains.