LES CHOIX DE LA MATINALE

Au programme de ce week-end : à Rennes, le festival Mythos qui mélange les genres, et l’inouï Récit d’un homme inconnu, au Théâtre national de Bretagne ; le Focus Austral sur la scène chorégraphique australienne et néo-zélandaise à Chaillot ; la projection de l’opéra de Verdi, Luisa Miller, dans les salles de cinéma du réseau Gaumont Pathé et associés ; les photographies des Tsiganes au Musée national de l’histoire de l’immigration ; les robots qui jouent les artistes au Grand Palais.

FESTIVAL. Mythos mêle musique, contes, théâtre et gastronomie, à Rennes

La 22e édition de ce festival autour des arts de la parole se déroule à Rennes, du 13 au 22 avril 2018. / MYTHOS

Pour sa 22e édition, le festival rennais Mythos ne change pas la recette qui a fait son succès : un subtil mélange entre plusieurs disciplines autour des arts de la parole avec des musiciens et des chanteurs, des auteurs et des metteurs en scène, des conteurs et des humoristes, sans oublier des chefs et des cuisiniers invités dans le cadre des Toqués de Mythos.

Plusieurs grands noms du conte seront présents, comme le Québécois Fred Pellerin, qui y donnera la dernière date de la tournée en France de son nouveau spectacle Un village en trois dés (vendredi 13, à 19 heures) ; Yannick Jaulin avec une nouvelle création, Ma langue maternelle va mourir et j’ai du mal à vous parler d’amour (vendredi 20, samedi 21 et dimanche 22) ; Pépito Matéo avec Pépito Solo (samedi 14, à 20 h 30) et Hasta siempre, le conteur fait son cinéma (en répétition ouverte pendant le festival) ; l’Italien Ascanio Celestini avec Le Petit Pays (samedi 14 et dimanche 15) ; Adama Adepoju alias Taxi-Conteur avec son spectacle Conteur d’eau (jeudi 19 à 20 h 30).

La relève sera aussi représentée avec la nouvelle génération de conteurs : Elie Guillou, Achille Grimaud et François Lavallée en duo, le trio Le Scrupule du gravier (Forbon N’Zakimuena, Julien Tanner et Maxime Touron). Enfin certains artistes de la parole proposeront des étapes d’un projet en cours comme Nicolas Bonneau (Qui va garder les enfants ?), Gérard Potier (Une vie de Gérard en Occident) ou Marien Tillet (Le Dernier Ogre). Cristina Marino

Mythos, 22e édition à Rennes (Ille-et-Vilaine), du 13 au 22 avril. Tél. : 02-99-79-00-11.

THÉÂTRE. L’homme inconnu poursuit son voyage, Rennes

Le public rennais a de la chance : il peut voir ce week-end un spectacle inoui d’Anatoli Vassiliev, qui a choisi une nouvelle de Tchekhov, Le Récit d’un homme inconnu.

Nous sommes à la fin du XIXe siècle. Sous le nom d’emprunt de Stepan, un révolutionnaire se fait engager comme valet chez Orlov, un fonctionnaire de Saint-Petersbourg, dans le but de tuer le père de ce dernier, haut placé dans la hiérarchie de l’Etat. Mais il renonce à son projet. Pourquoi ? Tchekhov ne va pas sur le terrain des idées, il scrute l’âme d’un homme inconnu à lui-même, qui se révèle à travers l’histoire d’un trio, Stepan, Orlov et la maîtresse de ce dernier, Zinaïda.

La mise en scène d’Anatoli Vassiliev accompagne le trio dans son voyage intérieur, servi par trois comédiens d’exception, Valérie Dréville, Stanislas Nordey et Sava Lolov. C’est impressionnant et hypnotique, à des années-lumière des codes en vigueur au théâtre. Brigitte Salino

Le Récit d’un homme inconnu, Théâtre national de Bretagne, 1, rue Saint-Hélier, Rennes (Ille-et-Vilaine). Tél. : 02-99-31-12-31. Vendredi 13 et samedi 14, à 20 heures. De 13 € à 27 €. Durée : 4 heures.

DANSE. A la découverte de la scène australe, à Chaillot, à Paris

« In Transit », par la New Zealand Dance Company d’Auckland dans le cadre du Focus Austral à Chaillot. / JOHN MCDERMOTT

Après nous avoir emmenés à la découverte de la scène chorégraphique norvégienne, non sans succès, Chaillot-Théâtre national de la danse met le cap aux antipodes avec un nouveau festival intitulé Focus Austral.

Trois compagnies inconnues en France se partagent l’affiche. La Sydney Dance Company, troupe de répertoire créée en 1969 et dirigée depuis 2009 par le chorégraphe d’origine espagnole Rafael Bonachela, présente trois pièces : Lux Tenebris, signée par Bonachela sur des musiques pop du compositeur Nick Wales ; Wildebeest, de l’Australienne Gabrielle Nankivell, qui s’inspire des gnous pour évoquer un monde de créatures hybrides, et enfin, Full Moon, mis en scène par le Taïwanais Cheng Tsung-lung, dont le titre embarque illico pour une dérive lunaire.

La New Zealand Dance Company d’Auckland compte sur les formats courts avec In Transit, de Louise Potiki Bryant et The Geography of an Archipelago, de Stephen Shropshire. Quant à la troisième troupe, Dancenorth, australienne, elle interprète Syncing Feeling, de Kyle Page et Amber Haines, sur le thème du duo. Beaucoup de noms inconnus à découvrir l’espace d’une même soirée : on peut enchaîner les deux programmes. Rosita Boisseau

Focus Austral, jusqu’au 13 avril. Chaillot-Théâtre national de la danse, 1, place du Trocadéro, Paris 16e. Tél. : 01-53-65-31-00.

OPÉRA. « Luisa Miller », de Verdi, projeté dans 164 salles Gaumont Pathé et associés

L’opéra de Verdi « Luisa Miller » au Metropolitan Opera de New York, le 22 mars. / CHRIS LEE

La ­production créée en octobre 2001 par le metteur en scène australien Elijah Moshinsky du Luisa Miller, de Verdi, n’avait pas été reprise depuis seize ans. A l’affiche du ­Metropolitan Opera de New York jusqu’au 21 avril, elle sera projetée, samedi 14 avril, dans les cinémas du monde entier, sélectionnée pour le programme « The Met : Live in HD ». En France, ce sera dans quelque 164 salles du réseau Gaumont Pathé et associés.

Dernier jalon­ verdien, créé en 1849 au San Carlo de Naples, avant la « Trilogie populaire » (Rigoletto, Il Trovatore et La Traviata), Luisa Miller est ici mis en scène avec des lumières classiques, des costumes d’époque et de magnifiques décors réalistes. La Luisa de Sonya Yoncheva se révèle idéale et la vaillance lumineuse de Piotr Beczala en Rodolfo, son endurance exceptionnelle jusque dans le célèbre « Quando le sere al placido » font de la prise de rôle du Polonais un événement.

Le grand ténor espagnol ­devenu baryton Placido Domingo se voit offrir son 51e rôle sur la scène du Met et le 149e de sa carrière. Au pupitre, le Français Bertrand de Billy a remplacé James Levine, ancien directeur musical honoraire à vie limogé le 12 mars après quarante ans de carrière en raison de preuves crédibles de harcèlement et d’abus sexuels. Le chef ­d’orchestre conduit avec élégance et précision une partition riche et contrastée, qui accorde la suprématie aux voix. Marie-Aude Roux

Diffusion dans 164 salles de cinéma du réseau Gaumont Pathé et associés. Le samedi 14 avril à 18 h 30. De 20 € à 35 €. Liste complète sur Pathelive.com

PHOTOGRAPHIE. Les Tsiganes face aux clichés au Musée de l’immigration, à Paris

Gitanes du quartier de Sacromonte, Grenade, vers 1920-1930, cartes postales doubles. / COLLECTION PRIVÉE/MUSÉE NATIONAL DE L'IMMIGRATION

Les photos des Tsiganes, en général, hésitent entre la Gitane fière et mystérieuse, avec ses boucles brunes et ses jupes qui virevoltent, et le Rom mendiant et voleur de poules, étranger irréductible et inassimilable. L’exposition « Mondes tsiganes, la fabrique des images, une histoire photographique 1860-1980 » au Musée national de l’histoire de l’immigration raconte de façon très pédagogique comment les représentations en images de ces populations nomades ont traduit, au cours du temps, la fascination et les craintes des « gadjés ».

Elle revient sur certaines pages sombres de notre histoire : les photographies anthropologiques faites au début du XXe siècle de cette « race criminelle », les rares images de l’internement des nomades français dans des camps, pendant la seconde guerre mondiale. Mais on y découvre aussi des images de grands photographes ou d’opérateurs amateurs fascinés par cette culture, qui disent les évolutions des populations.

L’exposition se clôt sur le travail magistral de Mathieu Pernot, déjà exposé aux Rencontres d’Arles : ce photographe et co-commissaire de l’exposition, a travaillé pendant près de vingt ans à faire le portrait d’une famille dont il est devenu proche, les Gorgan. Claire Guillot

« Mondes tsiganes, la fabrique des images ». Musée national de l’histoire de l’immigration, Palais de la Porte dorée, 293, avenue Daumesnil, Paris 12e. Du mardi au vendredi de 10 heures à 17 h 30, le week-end jusqu’à 19 heures. 6 €, gratuit pour les moins de 26 ans.

ARTS. Les robots jouent aux artistes au Grand Palais, à Paris

« Senseless Drawing Bot », de Yohei Yamakami (2011). / YOHEI YAMAKAMI/GRAND PALAIS

« Artistes & Robots », l’exposition du Grand Palais, est traversée par une question simple : un robot peut-il créer une œuvre d’art ? Pour y répondre, le duo de commissaires a imaginé un riche parcours à travers le temps, des années 1950 à nos jours. Œuvres cybernétiques (interactives), machines qui évoquent d’abord l’homme ou l’animal… peu à peu, les robots se dématérialisent et intègrent l’œuvre sous forme de programme informatique.

La machine est alors capable de générer des formes inédites. « Les révolutions techniques bouleversent la temporalité et l’espace des œuvres, confrontées à l’infinitude, et nous obligent à nous questionner sur ce qu’est un artiste, l’art et une œuvre d’art », résume Jérôme Neutres, un des commissaires de l’exposition. Emmanuelle Jardonnet

« Artistes & Robots ». Grand Palais, 3, avenue du Général-Eisenhower, Paris 8e. Ouvert les dimanche, lundi, jeudi, vendredi et samedi de 10 heures à 20 heures. Le mercredi jusqu’à 22 heures. Jusqu’au 9 juillet. Tarifs : 14 € et 10 €.