Une boîte à lettres, à Dieppe, le 11 octobre 2018. / CHARLY TRIBALLEAU / AFP

Il fût un temps où le rôle de La Poste consistait essentiellement à acheminer le courrier. En 1991, cette activité de distribution de plis et de cartes postales constituait encore 71 % des revenus de l’opérateur public. La révolution numérique – avec ses boîtes mails – étant passée par là, la lettre a rapidement perdu du terrain. L’année dernière, le courrier ne pesait plus que 28 % du chiffre d’affaires du groupe. Les volumes d’envois de courrier ont encore reculé de 7,3 % en 2018, « la plus forte baisse jamais enregistrée sur un an », a réagi Philippe Wahl, le PDG de La Poste, à l’occasion de la publication des résultats du groupe, jeudi 21 février.

Non seulement les Français ne s’écrivent plus, mais les entreprises et les administrations communiquent de plus en plus par le biais d’Internet. Cette rationalisation a particulièrement touché l’an dernier les « secteurs bancaires, publics et de téléphonie, ainsi que le courrier publicitaire adressé », a précisé le groupe.

Face à cette lame de fond, la stratégie du patron de La Poste consiste à développer d’autres métiers et à « basculer dans un autre modèle » pour « réduire cette vulnérabilité au courrier traditionnel », qui ne devra pas peser plus de 20 % de ses revenus à partir de la fin de l’année 2020.

Transformation

Pour mener cette transformation, l’opérateur renforce ses deux autres grands métiers : le colis et les services financiers. La Banque postale devrait lancer l’été prochain sa banque mobile bon marché « Ma French Bank ». Surtout l’établissement travaille à sa prochaine prise de contrôle de CNP Assurances, numéro un de l’assurance de personnes, dans le cadre d’un grand projet de rapprochement entre La Poste et la Caisse des dépôts (CDC). Une opération qui permettra au groupe postal de renforcer très significativement sa rentabilité dès 2020.

GeoPost, leader du marché du colis en Europe, poursuit ses investissements à l’international pour tirer profit de la vague du e-commerce. Le groupe a d’ailleurs signé en fin d’année dernière un nouveau contrat de distribution en France avec son principal client, Amazon. Les volumes de colis ne cessent de progresser (plus de 6 % en 2018), mais le métier est devenu moins rentable (baisse de près de 20 % du résultat d’exploitation de cette branche), notamment parce qu’une pénurie de chauffeurs livreurs dans la plupart des pays européens s’est traduite par une hausse de leurs salaires.

Quant à la stratégie de diversification tous azimuts de La Poste dans de nouveaux services de proximité (code de la route, recyclage, services à destination des personnes âgées…), elle porte en partie ses fruits. Les revenus sont en hausse de 62 % (à 252 millions d’euros) mais certaines offres n’ont pas trouvé leur public. « Veillez sur mes parents », lancé en juin 2017, n’a donné lieu qu’à 6 000 signatures de contrats, avec des familles ou des collectivités locales. « Nous sommes déçus, reconnaît Philippe Wahl. Mais il faut tenir, les besoins sont là, portés par le vieillissement de la population. »