Le milieu de terrain Amr Warda lors du match contre l’Arabie saoudite pendant la Coupe du monde de football, le 25 juin 2018 à Volgograd, en Russie. / NICOLAS ASFOURI / AFP

La réintégration dans la sélection égyptienne d’Amr Warda, accusé de harcèlement sexuel, provoque une vive polémique en Egypte, écornant au passage l’icône des Pharaons, Mohamed Salah, en pleine Coupe d’Afrique des nations (CAN).

« Equipe de harceleurs » : sur les réseaux sociaux, devenus le seul espace de débat dans une Egypte sous régime autoritaire, nombre d’internautes expriment leur mécontentement face au retour du joueur soutenu par ses coéquipiers, dont Mohamed Salah. Fait rare, le « roi » Salah, littéralement porté aux nues en Egypte où son image est placardée dans presque toutes les rues, n’échappe pas aux critiques. « Salah soutient le harcèlement », s’indignent des internautes.

Après l’explosion du scandale mercredi, plusieurs coéquipiers d’Amr Warda lui ont exprimé leur soutien, la star de Liverpool en tête. Sur Twitter, Salah a appelé à « croire aux secondes chances » et estimé que « bannir n’est pas la réponse ». De nombreux internautes ont accusé d’avoir un « double standard » celui qui, par le passé, a appelé à mieux « traiter les femmes » dans une interview au Time.

La Fédération égyptienne défend sa décision

Déjà qualifiée pour les 8es de finale, l’Egypte affronte dimanche l’Ouganda pour son dernier match de phase de poules, le dernier sans son milieu de terrain Amr Warda. Le joueur de 25 ans avait été exclu de sa sélection mercredi, après avoir été accusé de harcèlement par plusieurs femmes qui ont diffusé sur les réseaux sociaux des captures d’écran de messages insistants et une vidéo obscène attribuées à l’international égyptien. Amr Warda a présenté des excuses au public, mais sans citer ses accusatrices, dans une vidéo postée sur Facebook.

Sous la pression des joueurs, la Fédération égyptienne (EFA) a décidé vendredi de « réduire » la sanction et de réintégrer Amr Warda à partir des 8es de finale, saluant au passage « l’esprit de solidarité » des joueurs. « L’exclusion définitive avait été décidée en pensant que les faits s’étaient produits durant le camp d’entraînement, ce qui est faux », explique à l’AFP le responsable média de l’EFA, Ossama Ismaïl.

Les événements survenus avant la compétition relèvent « d’un comportement personnel pour lequel il a été sanctionné au premier tour », ajoute-t-il, accusant le rôle des réseaux sociaux. « Si les faits sont anciens ou que la vidéo a été truquée, il est dans l’intérêt de qui qu’elle circule actuellement ? », s’interroge-t-il.

Une « catastrophe pour la société »

« C’est le droit des joueurs de soutenir Amr Warda mais la fédération aurait dû être plus forte et ne pas revenir sur une décision bonne et morale », a pour sa part déclaré Tarek Talaat, journaliste au site spécialisé Yalla Kora. « Les joueurs ont réussi à imposer leur volonté », observe-t-il, citant en particulier Mohamed Salah. Mais selon lui, cette affaire a « creusé un fossé entre les supporteurs et l’équipe ».

La décision de la fédération est une « catastrophe pour la société » en raison du « rôle social » du football, auprès des jeunes garçons en particulier, estime Tarek Talaat.

L’avocate spécialisée dans les droits des femmes Azza Souleiman dit, elle, avoir été « choquée » par le soutien des joueurs à Amr Warda. « C’est le symbole de la sympathie de la société et de ce régime [à l’égard des accusés] dans les affaires de harcèlement contre les femmes », a déclaré cette célèbre activiste. La « tolérance envers le harceleur » reste flagrante, dans ce pays très conservateur où « il n’est pas perçu comme un criminel », a-t-elle poursuivi.

Plusieurs médias égyptiens ont ainsi publié des articles sur « l’autre visage » d’Amr Warda, le présentant comme un jeune homme pieux. « On peut se sortir facilement de n’importe quelle affaire contre les femmes », dénonce Me Souleiman qui, comme d’autres défenseurs des droits humains en Egypte, est dans le collimateur des autorités.

Pourtant, les tribunaux égyptiens restent connus pour leurs nombreuses condamnations dans des affaires de mœurs, lorsque des femmes ou des hommes soupçonnés d’homosexualité se retrouvent sur le banc des accusés.