LA LISTE DE LA MATINALE

Trois destinations sur trois continents, révélatrices des traditions de chacun mais aussi des préoccupations actuelles. En Europe, à Matera, au sud de la botte italienne, où une émission culinaire et un documenaire montrent la renaissance d’une cité troglodytique ; sur les routes de Namibie, à la rencontre de personnages à l’optimisme chevillé au corps, malgré la sécheresse endémique ; en Corée du Nord, sur les pas d’artistes étrangers invités à assister à un séminaire d’art contemporain.

Matera, une renaissance troglodityque et goûteuse

A Matera, en Italie, en octobre 2018. / FILIPPO MONTEFORTE / AFP

« Cuisines des terroirs » ouvrait le 3 août la soirée spéciale consacrée par Arte à Matera, ville troglodytique italienne du sud de la Botte, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, et désignée Capitale européenne de la culture 2019. Un honneur en forme de reconnaissance du formidable travail de réhabilitation qui a permis à cette cité blanche de renaître de ses ruines après la terrible crise économique du milieu du XXe siècle.

Cette émission culinaire a pour particularité de partager le couvert avec des locaux pour mieux filmer leurs us et coutumes – ici la cucina povera. Elle évite le piège de la nostalgie et du conservatisme en inscrivant ce terroir dans le monde qui l’entoure. Elle montre ainsi une mère de famille, travailleuse sociale, qui anime des ateliers avec deux hommes d’origine africaine (« nos nouveaux amis »). Une séquence qui rappelle que cette région a vu ces dernières années débarquer sur ses côtes de nombreux Zodiac surchargés de réfugiés. La cuisine se fait alors goûteux vecteur d’intégration.

Une capacité d’adaptation ancestrale qui a permis à cette ville longtemps la plus ancienne du monde de traverser les siècles. Autrefois opulente, ancien refuge religieux, elle reste entourée d’églises rupestres, dont les plus anciennes remontent au IXe siècle et sont à visiter dans le documentaire « Matera, perle cachée », au futur à la fois lumineux et effrayant. « A tous les coups, ils vont en faire une chambre d’hôtes », soupire un habitant lorsqu’il visite le sasso de son enfance, dont on devine qu’il vient d’être vendu. Audrey Fournier

« Cuisines des terroirs. Matera », de Stefanie Fleischmann (Allemagne, 2019, 26 min), à revoir sur Arte.tv ; « Matera, la perle cachée », documentaire d’Alessandro Soetje (Allemagne, 2019, 52 min), en replay sur Arte.tv.

La Namibie, l’optimisme chevillé aux corps assoiffés

© TONY COMITI PRODUCTIONS

Les « Routes de l’impossible » savent d’ordinaire nous faire trembler en suivant un camion en équilibre à flanc de montagne. L’épisode consacré à la Namibie nous fait plutôt vibrer en découvrant l’humanité et la joie de vivre des habitants de ce pays de l’Afrique australe. Ils doivent pourtant faire face à une sécheresse exceptionnelle depuis sept ans et un tiers ne mange pas à sa faim. « Jamais l’enfer n’aura pris si beau visage », résume la voix off sur des images magnifiques du désert du Namib.

Il souffle de fait une brise d’optimisme sur les personnages rencontrés, tous plus pittoresques et débrouillards les uns que les autres. Au volant de son combi Volkswagen de 1972, Dzerki, trentenaire blond, traverse les dunes mouvantes avec son chien, mais sans suspension, et par 45 °C à l’ombre. Dans ce « chaudron du diable », surnom du pays, trouver de l’eau est la principale préocupation des habitants. Jimmy en a fait un business et transporte ses 500 litres d’eau sale à l’arrière d’un pick-up Nissan hors d’âge, sans freins et bientôt sans moteur – il garde le sourire.

Sur les rares routes namibiennes, un autre taxi-brousse conduit deux femmes herero et deux himba à l’enterrement d’un grand chef. Là encore, la scène semble sortie du temps et de la réalité. Les Himba enduites d’onguent ocre portent un simple collier sous les seins, alors que les Herero sont habillées comme les femmes de colons allemands du XIXe siècle, avec robes longues et galette rouge sur la tête. Pendant les dix heures de trajet, pour parcourir 90 kilomètres, elles papotent chiffon, shopping… Catherine Pacary

« Les Routes de l’impossible : Namibie, le chaudron du diable », documentaire de Nicolas Cotto et Julien Boluen (France, 2019, 50 min). Disponible en replay à partir du 10 août sur France.tv.

En Corée du Nord, le choc des cultures

© TOR JORUND F. PEDERSEN

Un séminaire d’art contemporain, banal dans la société mondialisée actuelle, se transforme en expérience unique lorsqu’il est organisé à Pyongyang, capitale de la Corée du Nord, grâce à la ténacité diplomatique de l’artiste norvégien Morten Traavik.

Durant une semaine, sept peintres, photographe, réalisatrice, graphiste, venus de Paris, Londres, Oslo ou Pékin, vont tenter de présenter leurs œuvres et d’échanger avec des artistes locaux. Le réalisateur Tommy Gulliksen filme au plus près leurs difficultés à échanger, leurs incompréhensions, voire leurs colères.

Leurs inquiétudes aussi, lorsque, après un essai nucléaire réussi par la Corée du Nord, le président américain Donald Trump menace. Puis au fil des jours, artistes étrangers et locaux apprennent à se parler plus « ouvertement », devant des photos, des peintures, un enregistrement sonore. Mission presque accomplie. Alain Constant

« La Corée du Nord et l’art », documentaire de Tommy Gulliksen (Norvège, 2017, 55 min). Arte.tv.